¶ TXT-02 — Le projet
La batterie est un objet aussi banal que structurant, omniprésent dans nos vies quotidiennes. À partir de cet élément, qui concentre de multiples tensions, nous souhaitons esquisser un cheminement qui articule temps et espace.
Le temps, d’abord, est celui d’un rendez-vous : un moment partagé, inscrit dans une durée contrainte – à l’image de la charge d’une batterie. L’espace, ensuite, est feuilleté : il superpose un monde tangible – celui des corps, des objets, de la forêt – et un autre monde, tout aussi physique mais souvent perçu comme immatériel : celui des flux, des signaux, des données.
La batterie devient ici une métaphore opératoire de cette double appartenance. Par sa capacité limitée, elle impose une temporalité finie, qui résonne avec d’autres formes de finitude. Elle nous invite alors à accorder une attention particulière à l’instant présent, à sa densité propre, à ce qui s’y joue de manière irréductible. En même temps, elle ouvre vers un autre régime d’existence : celui de la création, de la connexion, du déplacement – un mouvement vers un ailleurs, toujours en tension avec l’ici.
Nous proposons de partager un moment situé – un après-midi en forêt – pour explorer ce seuil : rendre sensibles les textures concrètes du virtuel, les zones de flou et de latence qui traversent le réel.
Ce projet est né de plusieurs balades en forêt, à la fois vécues, racontées et rejouées . De ces traversées est née une interrogation : comment investit-t-on un lieu ensemble ? Que partage-t-on vraiment – un espace, un temps, un récit ? Et quelle place la création peut-elle prendre dans cet échange ouvert ?
¶ TXT-03 — L’AN DEUX MILLE VINGT-CINQ,
LE TREIZE AVRIL
C’était la seconde fois qu’ils s’y rendaient.
Cet endroit était inconnu pour l’un et familier pour l’autre. Ce jour-là, ils n’empruntèrent pas la même entrée que lors de leur première excursion. Celle-ci était plus évidente, moins cachée. Elle faisait face à une succession de marches en pierre qui s’enfonçaient progressivement dans les feuillages.
Une fois montés, ils décidèrent de suivre un chemin qui les déposa à cette petite clairière qu’ils avaient aperçue lors de leur premier passage, mais ils arrivèrent cette fois-ci de l’autre côté.
Cette clairière cristallisait pour l’un une trame de souvenirs ; pour l’autre, elle devenait peu à peu un lieu familier — un peu comme une balise, un point d’ancrage qui l’orienterait à chaque futur rendez-vous.
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